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Modes de vie robomobiles : aspirations de quelques-uns ou phénomène de société ?

Les technologies numériques ont pris une telle place dans les modes de vie contemporains qu’il devient difficile d’envisager un futur moins numérique. Si on devait interroger des experts « transports » sur les 2-3 tendances qui façonneraient la mobilité dans les 10 à 20 prochaines années, ils nous répondraient sans doute que la connectivité fait partie de celles-là. Pour autant, est-ce que cela signifie que les individus « demandent » à vivre de plus en plus connectés, voire connectés et interconnectés en permanence ? Cela correspond-il à des aspirations de quelques « pionniers », dont les modes de vie, se propagent peu à peu au reste de la société ?

La question du « choix » du mode de vie que pose ce parcours est peut-être vaine, car certains (à raison) pourraient arguer que ce sont les usages, qui au final, seront le juge de paix et diront si la robomobilité reste marginale dans la société, ou structurante pour les modes de vie.

Deux cas peuvent éclairer ce questionnement prospectif. Tout d’abord, avec le cas du TGV, qui est clairement un phénomène de masse, mais dont on sait qu’il ne représente que 10% des trafics ferroviaires de voyageurs, avec une clientèle sur-représentée de cadres. Les usages du TGV semblent être le signe d’un phénomène de société, mais de quelle société ? Certainement celle des métropoles, mais que dirait une aide-soignante vivant à Toulouse, ou un agriculteur de la Manche ? L’autre cas, c’est celui du vélo en ville. C’est clairement l’aspiration de nombreuses personnes, mais la réalité des pratiques oblige à constater que ce n’est pas un phénomène de société dans la plupart des territoires français. Le cas chinois est d’ailleurs intéressant à étudier, car le vélo a longtemps été l’emblème de la société chinoise de Mao, avant d’être chassée par l’automobile dans les années 1990, puis en partie revenir en raison de la congestion urbaine. La lecture rapide de ces 2 cas montre qu’il n’y a pas de réponse évidente à cette question, à savoir si la vie robomobile sera le fait d’une minorité isolée ou un phénomène plus transversal dans la société.

Pour alimenter ce questionnement, ce parcours prospectif débute par une présentation-vidéo de Tom Dubois (Forum Vies Mobiles), qui présente les grandes lignes d’une enquête internationale sur les aspirations individuelles liées à la mobilité et aux modes de vie, complétée par un partage des enseignements du débat citoyen sur la mobilité sans conducteur, qui s’est tenu en janvier 2018. Dans cette intervention, Tom Dubois pointe notamment l’importance pour les individus de reprendre le contrôle de leur mobilité (et ne plus la subir), et en ce qui concerne le véhicule autonome l’attente des citoyens en direction des pouvoirs publics pour que la robomobilité soit un levier d’inclusion de tous les individus et de tous les territoires.

C’est le sens du billet « Qui régulera votre vie robomobile ? », proposé par Mathieu Saujot (IDDRI), qui analyse le rôle central de la puissance publique pour un développement de la mobilité autonome. Plusieurs scénarios prospectifs de la mobilité autonome sont évoqués, avec pour chacun un modèle de régulation. On pourra retenir de cette lecture systémique de la mobilité autonome (et donc pas uniquement du véhicule autonome) une alerte adressée aux acteurs, au sens où cette course effrénée à l’innovation robomobile pourrait certes aboutir à des applications commerciales, mais potentiellement déconnectés des enjeux globaux d’une mobilité bas-carbone et inclusive.

Or l’enjeu d’une adoption des innovations robomobiles par le marché n’est pas forcément en symbiose avec la préservation du bien commun et de la recherche de l’intérêt général. Pour que cela soit le cas, les citoyens doivent avoir non seulement leur mot à dire dans la gouvernance de cette vie robomobile et surtout un rôle actif dans le fonctionnement du système. L’entretien « grand format » avec Pierre Musseau (Ville de Paris) esquisse une approche pour une éthique minimaliste de la vie robomobile, dans laquelle le principe éthique énoncé par Ruwen Ogien du « ne pas nuire  à autrui » poserait un cadre conceptuel pour définir de nouvelles règles du jeu de la robo-mobilité en ville.