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Ethique et Libertés : vers un système robomobile techniquement opaque ou politiquement sous contrôle ?

La sécurité des transports se place en haut de la liste des préoccupations des individus et des pouvoirs publics. Cet enjeu est partagé par tous les acteurs, au premier rang desquels les industriels, notamment les constructeurs automobiles, dont c’est la culture. C’est donc tout naturellement que cet enjeu de sécurité est considéré comme central dans les stratégies R&D du véhicule autonome, tout comme dans la communication autour de ces technologies. Dès lors, les sujets éthiques, qui sont très vite apparus par rapport au véhicule autonome, concernent directement ces questions de sécurité, avec la célèbre interpellation éthique du « choix » de la victime préférentielle en cas d’accident ou formulé autrement, qui faut-il sauver ? Le chien, l’ivrogne, la femme enceinte, le criminel, l’enfant, etc ?

Cette éthique de la sécurité robomobile, si légitime et pertinente soit-elle, ne doit pas être exclusive d’une réflexion éthique globale sur le sens de ces changements robomobiles, et en particulier sur les choix politiques et citoyens, qui se posent à la société. Sommes-nous collectivement capables de dessiner un futur où les technologies robomobiles contribuent à la préservation du bien commun ?

Ce parcours prospectif, un peu à part dans ce grand livrable, car plus conceptuel, démarre par un entretien « grand format » avec le philosophe Dominique Bourg. Il critique frontalement cette mystification de la technologie, où l’on croit que le véhicule autonome va résoudre, comme par magie, la faillite écologique du système économique actuel. Selon lui, cette promesse d’autonomie n’est qu’une illusion, car le véhicule autonome s’insère dans une multitude de systèmes techniques extrêmement complexes (capteurs, infrastructures intelligentes, consommation de ressources, etc.) et qu’il sera donc dépendant de tous ces systèmes, et non « autonome » par lui-même. Il prolonge cette critique en pointant la contradiction profonde entre le modèle robomobile tel qu’il est porté par le monde économique et les enjeux globaux et locaux de la transition écologique. Mais sa réflexion n’est pas celle d’un techno-sceptique, car il invite les acteurs à trouver les compromis indispensables pour un « bon usage » de ces innovations technologiques dans le champ de la mobilité.

Ce risque d’un basculement trop rapide ou trop global vers la robomobilité soulève des questions en termes d’équité, d’évolution des inégalités d’accès à la mobilité ou de disparités entre les territoires. L’article Quels enjeux d’équité pour la vie robomobile ? de Laura Brimont (IDDRI) pointe les nouveaux risques d’éviction sociale et territoriale du développement de la mobilité autonome. Alors que la transformation robomobile suscite des attentes sur le front du droit à la mobilité pour tous, cet article objective les apports potentiels de la mobilité autonome en termes d’accès à la mobilité. Cet enjeu d’inclusivité est une condition pour une acceptation des systèmes robomobiles. Toutefois, les tenants de la robomobilité seront-ils capables de s’extraire d’une approche techno-centrée ?

Cette hypothèse semble plausible car, dans l’histoire des transports, les promoteurs de tel ou tel mode de déplacement, ont su manier avec talent et efficacité les symboles et les représentations, pour que leur mode s’impose comme le mode dominant. C’est ce qu’essaye de mettre en évidence la note exploratoire Imaginaires sociotechniques de la mobilité: une lutte pour prendre le pouvoir, qui est la dernière étape de ce parcours.