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Grand livrable la vie robomobile 2018

Au terme de la première année de ses travaux, l’atelier prospectif « La vie robomobile » vous propose ses  « briques d’analyse » comme autant de regards interrogeant l’avenir selon des axes et des sensibilités différentes.

Éditorial

Démystification vs maturation

La phase de l’emballement initial pour le véhicule autonome (« VA ») est quelque part derrière nous, selon les observateurs reconnus des sujets d’innovation dans les médias1.

Symbole, juste symbole : la Google Car primitive, dévoilée en 2013 avec sa bouille d’œuf si candide, est aujourd’hui déjà au musée, remplacée sur les routes états-uniennes, sous label Waymo, par d’autres prototypes à la morphologie nettement plus automobile.

Parallèlement, les gesticulations premières du monde de la construction automobile à l’encontre de l’invasion numéricienne… capable d’aligner des budgets de R&D cent fois supérieurs et du coup des kilométrages d’expérimentation mille fois supérieurs), cèdent la place, à l’échelle mondiale, à des alliances raisonnées qui construisent un système d’intérêts nettement moins binaire.

Le temps (quatre ou cinq années au plus, on est dans un monde rapide) est passé. Tout cela a maturé, de façon plus ou moins invisible au grand public.

Pourtant la valeur réelle d’usage du VA, et partant sa valeur économique comme solution de transport, restent confuses, et son projet d’universalité incertain.

L’un des acquis de ces dernières années aura été la segmentation (encore mouvante) du concept unique du VA, avec maintenant des perspectives et des stratégies finalement très différenciées, selon qu’on vise : des solutions de mobilité rurale pour les seniors (japonais) ; ou des navettes/robotaxis (pseudo-TAD ?) associés aux systèmes de mass transit, en rabattement et/ou aux heures creuses ; ou des solutions génériques pour le maillon kilométrique voyageurs (hôpitaux, aéroports, etc.) ; ou LE robocamion produisant 24 h par jour au lieu des 6 h actuelles ; ou des robots livreurs de trottoir ; etc. Après décantation, moyennant des différences de vision aussi selon les pays ou les continents, une nouvelle géographie a ainsi cristallisé, parfois de manière très inattendue, les segments où la plus-value nette de la solution sans conduite, pour l’usager-client et/ou pour la collectivité, convainc.

Derrière cet éclatement du sujet en axes de travail spécialisés – certains correspondant à des espérances très fortes et très crédibles, il y a clairement la mise en doute conceptuelle du projet universel de la Google Car, dans son jus initial : la voiture individuelle ultra-connectée, après le téléphone ultra-connectée (invasif !), les lunettes ultra-connectée (un flop !), la montre ultra-connectée (poussive !), les assistants à domicile ultra-connectés (toujours émergents !).

Et pourtant, oui, la dynamique des marchés et l’émulation compétitive confèrent à l’émergence du VA couteau-suisse un caractère presque inévitable. On doit l’imaginer, quand même, absolument aussi impérieuse, passés certains caps à venir, que la propagation mondiale du smartphone.

La vague numérique surfe sur le désir plus que sur le besoin. Elle en est d’autant plus puissante et capable de refaçonner nos univers et leurs économies. Elle défie la maîtrise publique à toutes les échelles.


1. Cf. notamment Gartner Hype Cycle for emerging technologies, août 2018

Notre Atelier prospectif, une entreprise plurielle de longue haleine

Bien sûr, l’observation (documentée, sinon éclairée), sur les quelques années écoulées, de ce processus mondial de maturation collective à l’œuvre, est passionnante. C’est une contribution essentielle au positionnement stratégique continu des acteurs, à la fois en configurations collectives et chacun pour soi. En ce sens, le collectif de notre Atelier prospectif « La vie robomobile » offre bien sûr d’excellentes opportunités de captation de signaux.

Pour autant, cette lecture au jour le jour de la petite histoire du VA en marche de par le monde n’est pas au cœur de notre projet.

Rappelons-le, notre Atelier œuvre à rebours :

On se projette, par construction, dans un futur franchement robomobile, à un horizon de temps indéterminé. Et l’on interroge ce futur robomobile,

Ce futur diffère forcément du présent, sous des angles multiples (pour mémoire : les systèmes productifs ; les systèmes de transport et les chaînes logistiques ; l’organisation sociale ; les modes de vie ; les rapports aux temps (productif, convivial, récréatif, intime familial et social). Dans le but principal d’anticiper la disqualification, parfois l’implosion de quelques cadres fondamentaux (économiques, institutionnels, régulatoires) qui s’imposeraient sur le chemin. Et entre autres, d’éclairer la décision publique sur ce chemin à court et moyen terme, à toutes échelles.

C’est l’esprit des 27 contributions que vous allez découvrir maintenant, constituant le Grand Livrable 2018. Ses thématiques et son économie générale avaient été discutées collectivement lors de notre Grand Rendez-vous annuel de mai 2018.

A la fois sceptique et enthousiaste (par construction), l’Atelier prospectif n’est pas une machine à fabriquer du consensus, ni même à constituer des convergences. Chacun y parle depuis sa propre fenêtre, moyennant ses propres zones de pertinence, avec ses taches aveugles propres et selon ses propres postures, lignes ou enjeux. Le pari étant, bien sûr, que la libre confrontation des matériaux et des visions ainsi mis en partage dégage de la valeur en retour pour tous.

Ce Livrable l’illustre bien, je crois : un patchwork riche et organisé, où vous discernerez peut-être, selon votre sensibilité et vos recherches, quelques grands dessins faisant sens et valeur. Nous l’espérons.

Prochaine étape : résolument internationale

Je ne pourrais pas rendre le micro sans vous soumettre l’ébauche de notre prochain Grand Rendez-Vous annuel, pour 2019 (le 28 juin au siège de l’IFSTTAR, Marne-la-Vallée). Nous l’avons conçu (et préparé de longue date) pour être résolument international.

Car bien entendu, ces questionnements n’ont pas de frontières. Les porteurs de technologies-clés, les marchés, les organes et instruments de régulation sont largement transnationaux.

Aussi notre jeune Atelier devait-il s’inscrire très vite dans les bons courants d’échanges et de confrontations d’idées, à l’échelle mondiale. Depuis un an, nous avons ensemencé en ce sens, prospecté, noué des contacts, négocié.

L’enjeu majeur, pour juin 2019, sera d’initier un réseau (ou un réseau de réseaux) avec des homologues du monde entier, intéressés à explorer ces problématiques à 360°, à horizons longs et, si possible, de nouer des collaborations.

Notre proposition de bouquet thématique pour cette journée ambitieuse, aujourd’hui en discussion avec nos partenaires engagés (allemands, suisses, australiens, états-uniens) et européens (DG Recherche et Innovation), comme suit :

  • Horizon 2030 : quelles reconfigurations des systèmes de mobilité avec l’intégration de la première vague de solutions de robomobilité qui s’annonce (limitées/fragmentaires) ?

  • Changement sociétal : quelles implications majeures de la vie dans un monde robomobile (bénéfice sociétaux contre menaces sociétales)?

  • Défi global : la robomobilité, clairement pas une réponse du secteur de la mobilité au défi climatique, peut-elle prospérer dans les limites de la planète ?

  • Infrastructures : comment gérer l’intrication de générations d’infrastructures multiples, tant physiques que numériques, à l’obsolescence accélérée ?

  • Emploi et travailleurs : quels impacts des développements de l’économie robomobile sur le marché du travail ?

Intéressés à creuser ensemble ces questions ?

Bienvenue.

Louis Fernique

Louis Fernique, au nom du Comité de pilotage de l'Atelier prospectif « La vie robomobile »

Louis FERNIQUE, IGPEF, 61 ans, a débuté comme ingénieur spécialisé en urbanisme dans les services territoriaux du ministère français en charge des infrastructures et des transports.

A partir de 1994 sa carrière a pris un tour international, d’abord à Madagascar comme chef de projet de coopération (réorganisation de l’entretien routier), puis comme expert en politique des transports à la Banque mondiale.

Il a rejoint son ministère d’origine en 2004 pour établir la nouvelle Agence de financement des infrastructures de transport de France (l’AFITF), avant de manager le projet interministériel d’éco-redevance poids lourds.

En 2009, il a pris la tête de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (l’ONISR). Puis en 2012, il est devenu secrétaire permanent du Predit – une plateforme multipartenaire de coordination de la recherche en transports terrestres.

Depuis 2015, il dirige la Mission des transports intelligents, qui impulse et anime, au sein du ministère et vis-à-vis de la filière au sens large, les mutations en cours dans le champ de la mobilité dite « intelligente », c’est-à-dire transformée par la révolution numérique. Il pilote l’Atelier prospectif « La vie robomobile ».