Une nouvelle économie robomobile ?

Une nouvelle économie robomobile ?

Le business model magique, gagnant ou universel, du véhicule autonome est la question qui taraude les esprits de tous les acteurs, observateurs, contempteurs ou supporters de ces technologies robomobiles. Ce parcours ne cherche pas à répondre à cette question (à plusieurs dizaines de milliard...). L’hypothèse peut même être faite que ceux qui pensent avoir un début de réponse à cette question, ne s’empresseront pas de partager leurs réflexions dans ce premier grand livrable de l’Atelier prospectif.

On adopte ici une focale à la fois plus large et décentrée de cette question. Il ne s’agit pas de trouver la formule économique miracle pour le véhicule autonome, mais plutôt d’explorer en quoi l’introduction de ces technologies robomobiles peuvent dégager des gisements d’innovations pour d’autres secteurs ou filières de l’économie. L’exemple du smartphone peut être parlante : si les leaders comme Nokia, Motorola ou Alcatel ont perdu de leur splendeur ou ont complètement disparu du paysage concurrentiel, il n’en demeure pas moins que la révolution des telecoms, de la téléphonie mobile et du numérique a bouleversé des pans entiers de l’économie mondiale (destruction créatrice).

Dès lors, on peut démarrer ce parcours en écoutant l’alerte de Charles Raux, chercheur en économie des transports au LAET, qui pose la question de « la viabilité du transport public dans un système robomobile ». Dans ce podcast, il pointe deux risques majeurs : un équilibre financier impossible à tenir sous le choc de la concurrence robomobile d’une part, une accentuation de la fracture territoriale entre des espaces peu denses, mal (ou plus) desservis par les transports publics, et qui seront ultra-dépendants de l’offre robomobile, et les zones urbaines où l’offre sera diversifiée, accessible et abondante, d’autre part.

Or ce différentiel de compétitivité entre le transport public traditionnel et ce nouveau transport robomobile, est en partie dû aux contraintes liées à la présence humaine dans les opérations du transport public. Le chauffeur génère un poste de coûts et n’est pas aussi flexible qu’une machine dans les processus de production (de biens ou de services). C’est pourtant pour ces raisons que les acteurs de la logistique s’intéressent de très près à la robotique et la mobilité autonome, grâce auxquelles des gains de productivité peuvent être faits ; mais ce raisonnement centré sur la réduction des coûts à tout prix amène à réfléchir à « la place de l'homme dans les chaînes robologistiques », comme le fait l’article de Cédric Cariou, expert de la logistique à l’IAU Ile–de-France.

Les impacts socioéconomiques potentiels de la robomobilité sont souvent analysés sous l’angle négatif, principalement celui de la destruction d’emplois, faisant ainsi écho à cette peur du remplacement des hommes par des machines. Pourtant, rien n’est écrit à l’avance et le rôle des pouvoirs publics sera décisif en tant que régulateur et garant des règles du jeu pour ces nouveaux marchés à venir. C’est ce que met en évidence en conclusion de ce parcours, le diaporama « La rue, un terrain de jeu emblématique d’une nouvelle économie robomobile », où le temps d’un reportage photographique rue de Ménilmontant à Paris, on prend conscience des changements « en pratique » que la robomobilité pourrait provoquer dans l’aménagement des rues, les circulations, les conséquences sur la vie économique, les interrogations sur les instruments économiques à inventer pour réguler l’évolution des usages.

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Uber ride-hailing passenger, Toronto
Ride-hailing in Toronton par https://www.flickr.com/photos/beyonddc/ (
CC-BY-ND
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La robomobilité : une remise en cause profonde des modèles actuels du transport public

Dans cet épisode du podcast "la vie robomobile", Charles Raux replace la question du véhicule autonome dans un panorama plus large des questions, qui intéressent la recherche en économie des transports, la recherche sur les politiques publiques de transports. Il revient ensuite sur deux enjeux ou risques selon lui : une fragilisation du modèle du transport public, voire d'un risque fatal pour celui-ci; une remise en cause du droit à la mobilité, dans un futur où l'offre privée de services robomobiles, serait la celle proposée aux habitants Ces trois passages "audio" sont extraits d'une interview plus étendue, que Charles Raux a accordée à l'Atelier prospectif en mars 2018. 
AI robot controlling puppet business human
Man Puppet Robotics par freepik.com

La place de l'homme dans les chaînes robologistiques

Le secteur de la logistique est, aujourd’hui encore, fortement consommateur de main d’œuvre. Il a besoin et s’appuie sur l’Humain pour fonctionner. La machine reste au service de l’Homme. Demain, l’automatisation des solutions pousse vers un changement de paradigme, où il y aurait moins d’Humains et plus de machines. La question de la place de l’Humain est donc centrale et elle doit être prise en compte, parce qu’elle soulève de nombreuses questions.
Photo de la rue de Ménilmontant
A3_vignette par Stratys

La rue, un terrain de jeu emblématique d’une nouvelle économie robomobile

Selon une idée originale de Mireille Apel-Muller, Directrice de l'Institut pour la Ville en Mouvement (VEDECOM), un travail exploratoire a été initié sur les transformations possible de la rue à l'aune du changement robomobile. L'angle d'approche se veut le plus concret possible, avec la volonté de s'immerger dans cette rue future, comme si on était à bord d'une robomobile. Les photos suivantes ont été prises lors d’une balade en remontant la rue de Ménilmontant à Paris, un samedi après-midi en hiver (il a neigé ce jour-là...).