Ethiques et Libertés robomobiles

Dans cette première année, l’Atelier prospectif s’est particulièrement focalisé sur la question du « consentement » à un développement de la robomobilité, des individus, des citoyens, des entreprises, des territoires, des différentes parties prenantes. Par le truchement de la réflexion autour du consentement à une vie robomobile, ce sont les modalités de la fabrique – par le marché et les institutions – d’un nouveau système sociotechnique qui sont abordées. Qui décide des nouvelles règles d’organisation sociale, d’organisation socioéconomique, d’organisation des villes ? Le débat public est-il organisé de telle manière à ce que les citoyens discutent des enjeux globaux du modèle de société sous-jacent à la robomobilité ? Comment gérer le risque d’une nouvelle hégémonie robomobile ou a contrario le risque d’un rejet radical d’un changement technologique qu’une partie plus ou moins grande de la société ne maîtrise pas des tenants et aboutissants ? Le « cheminement éthique » de l’Atelier est à ce jour plutôt engagé autour des enjeux d’un débat public éclairé et démocratique et d’une gouvernance de la transition vers une vie robomobile, qui place la recherche du « bien commun » au cœur de sa démarche.

smart city
smart city par freepik.com

Pour des territoires-acteurs de leur robomobilité

L'enjeu d'une démocratisation des innovations est multiple. On peut le comprendre comme l'accès le plus large et universel possible à un portefeuille de solutions innovantes ; la démocratisation en jeu concerne à la fois les territoires et les différents types de publics. On peut aussi l'aborder sous l'angle politique, qui est de considérer que le citoyen, a non seulement son mot à dire dans le déploiement des innovations dans son cadre de vie, dans son territoire, mais que surtout, il est de la responsabilité des pouvoirs publics locaux de rendre cette implication citoyenne réelle et opérante.
choix éthiques et implication citoyenne
ethics chess par freepik.com

Entretien avec Pierre Musseau : « Pour une éthique minimaliste de la vie robomobile »

Le traitement médiatique du véhicule autonome fait la part belle à certains dilemmes éthiques qu’il soulève. Le plus connu étant celui qui consiste à définir qui doit être sauvé en cas d’accident mortel impliquant un véhicule autonome, qui de l’enfant, de la mamie, du chien ou du voleur qui s’enfuit en courant… Ce cas très concret ne doit pas occulter un enjeu plus large, qui est celui du libre-choix des citoyens et de la société, à définir ce qu’elle veut, face à une utilisation massive des technologies de l’intelligence artificielle, qui a déjà été marquée par des abus et des dérives, tant au plan individuel, que du point de vue de la vie démocratique. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Pierre Musseau développe une réflexion éthique, qui part de l’impératif écologique, et qui puise ses sources dans la réflexion de Ruwen Ogien, autour du concept d’éthique minimale. Il nous propose des pistes concrètes pour définir une éthique de la vie robomobile, à partir d’un principe fondamental qui est celui de « ne pas nuire à autrui ». Son cheminement s’efforce de faire le lien avec l’action publique, en ne se contentant pas d’énoncer des règles, mais aussi en cherchant à regarder, comment ces règles peuvent se mettre en place sur le plan pratique. Bienvenue dans un itinéraire éthique, qui va vous emmener des rues de Paris aux campus états-uniens, en passant par le périurbain marseillais et la belle Montréal.
Chess
Chess par freepik.com

Entretien avec Dominique Bourg : "il est essentiel de ne pas basculer vers un modèle du tout robomobile..."

Le temps d’une halte au train bleu à la Gare de Lyon, Dominique Bourg nous invite à corriger la myopie sévère dont souffre la société, qui au lieu de regarder et d’affronter les défis écologiques planétaires des 30 années qui viennent, veut croire au miracle technologique du véhicule autonome. Mais cette révolution en trompe-l’œil selon lui, est en fait un leurre, qui nous emmène sur un chemin peu compatible avec les exigences écologiques…à moins de forger les compromis permettant de réserver ces services robomobiles, pour les seuls usages où les bénéfices pour la collectivité sont avérés, en lieu et place d’une vision paresseuse du futur, qui se contenterait du remplacement des automobiles par des robomobiles.